Lorsque le regard se pose sur les portails sculptés des cathédrales gothiques, on remarque souvent des anges musiciens pressant contre eux de petits instruments à cordes. Ces représentations de pierre, tout comme les enluminures colorées des manuscrits anciens, montrent un objet dont la silhouette évoque irrésistiblement notre guitare moderne. Cette familiarité visuelle traverse les siècles et interpelle immédiatement l’observateur curieux.
Pourtant, identifier précisément cet instrument relève du défi historique tant la diversité organologique de l’époque était vaste. La question Comment s’appelle la guitare du Moyen Âge ? ne possède pas une réponse unique, mais nous ouvre les portes d’un atelier de lutherie médiévale fascinant. Il s’agit d’explorer un monde où la standardisation industrielle n’avait pas cours et où chaque artisan expérimentait des formes variées.
La giterne : la réponse la plus probable
Si l’on doit désigner l’ancêtre direct le plus convaincant pour répondre à la question Comment s’appelle la guitare du Moyen Âge ?, la giterne remporte la palme. Cet instrument a connu son apogée entre le XIIIe et le XVe siècle dans toute l’Europe occidentale. Sa petite taille et sa maniabilité en faisaient l’instrument favori des musiciens itinérants.
Contrairement au luth, dont la caisse est très bombée et construite à partir de multiples côtes assemblées, la giterne présente un profil beaucoup plus plat. Cette caractéristique morphologique la rapproche considérablement de l’ergonomie de la guitare actuelle. Elle tient près du corps, facilitant le jeu debout ou en marche lors des processions.
La fabrication de la giterne témoigne d’une technique de lutherie qui a aujourd’hui presque disparu pour les instruments à cordes pincées. Le corps et le manche étaient souvent monoxyles, c’est-à-dire sculptés dans un seul et même bloc de bois massif. Les luthiers creusaient la caisse de résonance comme on creuserait un sabot, garantissant une robustesse à toute épreuve.

Une technique de jeu percussive
Il ne faut pas imaginer le musicien médiéval caressant doucement les cordes avec la pulpe des doigts comme un guitariste classique moderne. La giterne était un instrument à la voix perçante, conçu pour se faire entendre. On en jouait presque exclusivement avec un plectre rigide, souvent taillé dans une plume d’oie ou une écorce.
L’attaque au plectre conférait à l’instrument une sonorité brillante et riche en harmoniques aiguës. Ce timbre incisif permettait de découper l’espace sonore, même dans le brouhaha d’un banquet ou d’une taverne bondée. Le rôle musical était avant tout mélodique, doublant souvent la voix ou guidant les pas des danseurs.
Les chroniques de l’époque décrivent souvent le son de la giterne comme « argentin » ou « clair », capable de rivaliser avec les instruments à vent de l’époque comme les chalemies.
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La citole et l’énigme des formes
La recherche sur Comment s’appelle la guitare du Moyen Âge ? nous mène inévitablement vers une autre candidate sérieuse : la citole. Cet instrument est sans doute le plus étrange et le plus esthétique de la période médiévale. Sa forme est souvent comparée à une feuille de houx, avec des coins saillants qui lui donnent une allure gothique très architecturale.
La citole se distingue par une sonorité généralement plus grave et plus chaude que celle de la giterne, grâce à une caisse de résonance parfois plus profonde. Une de ses particularités ergonomiques résidait dans la forme de son manche. Il était souvent très épais, obligeant le musicien à passer le pouce dans une ouverture spécifique derrière le manche pour pouvoir jouer.
Il est crucial de comprendre que les frontières entre ces instruments étaient poreuses. Les luthiers ne suivaient pas de catalogues précis. Voici un tableau pour tenter de clarifier les différences majeures entre ces cousins éloignés :
| Instrument | Construction du corps | Type de cordes | Usage principal |
|---|---|---|---|
| Giterne | Monoxyle, forme de poire, dos plat | Boyau, tension forte | Mélodie rapide, danse |
| Citole | Forme architecturale, « épaules » | Boyau ou métal | Accompagnement, bourdon |
| Guitare Latine | Caisse cintrée (en 8) | Boyau | Accords, polyphonie naissante |
L’apport décisif de l’Espagne médiévale
Pour être complet sur le sujet, il est impossible d’ignorer la péninsule ibérique du XIIIe siècle. Les célèbres Cantigas de Santa María, rédigées sous le roi Alphonse X le Sage, sont une mine d’or d’informations. Elles mentionnent explicitement deux types d’instruments portant la racine du mot « guitare ».
On y trouve la guitarra morisca (guitare mauresque), qui possède un fond bombé et des ouïes sur la table d’harmonie, trahissant ses origines orientales. Elle ressemble beaucoup à un luth à manche long. Sa sonorité était probablement nasillarde et puissante, adaptée aux mélodies ornementées.
À ses côtés figure la guitarra latina (guitare latine), qui est visuellement l’ancêtre le plus fidèle de notre instrument. Elle présente déjà cette forme caractéristique en « 8 » avec des éclisses cintrées. C’est cette branche de la famille qui, en évoluant vers la vihuela puis la guitare baroque, donnera naissance à l’instrument que nous chérissons aujourd’hui.

Ces instruments n’étaient pas de simples objets d’art, mais des outils de travail quotidiens pour une classe de musiciens très variée. Ils accompagnaient la vie sociale du château à la place du village. On peut distinguer deux grandes catégories d’utilisateurs pour ces « guitares » anciennes :
- Les ménestrels et jongleurs : Musiciens professionnels souvent itinérants, ils utilisaient la giterne pour sa robustesse et sa portabilité. L’instrument devait résister aux voyages, aux intempéries et aux chocs, tout en étant prêt à jouer instantanément pour faire danser l’assemblée.
- Les amateurs éclairés et la noblesse : Dans les cours, la citole ou la guitare latine étaient appréciées pour accompagner les chansons d’amour courtois. Le répertoire était ici plus raffiné, laissant place à une certaine poésie et à des subtilités de jeu moins percussives.
Les matériaux et la facture instrumentale
La sonorité particulière de ces instruments provenait aussi des matériaux disponibles. Les cordes étaient fabriquées en boyau de mouton, ce qui offrait un son chaud, organique, mais avec une durée de vie limitée. Les frettes n’étaient pas en métal incrusté comme aujourd’hui, mais constituées de ligatures en boyau nouées autour du manche.
Cette mobilité des frettes permettait au musicien d’ajuster le tempérament de l’instrument selon les modes musicaux utilisés. Les bois privilégiaient les essences locales européennes. L’érable, le fruitier (poirier, pommier) et parfois le buis étaient couramment utilisés pour la caisse et le manche.
Pourquoi la confusion persiste-t-elle ?
Si la question Comment s’appelle la guitare du Moyen Âge ? revient si souvent, c’est aussi à cause d’un flou linguistique historique. Le terme « guitare » dérive du grec kithara, mais il a voyagé via l’arabe qitara avant d’arriver en Europe. Durant des siècles, ce mot a pu désigner des instruments très différents selon les régions.
Au XIVe siècle, un poète français pouvait parler de giterne là où un espagnol parlait de guitare. Cette confusion n’est pas une erreur, mais le reflet d’une culture orale vivante et d’échanges constants entre les pays. Les formes ont évolué lentement, se mélangeant parfois, avant de se figer à la Renaissance.
Un patrimoine sonore à redécouvrir
En définitive, s’intéresser à ces instruments, c’est refuser de projeter nos standards modernes sur le passé. C’est accepter que la musique médiévale avait ses propres codes, ses propres couleurs sonores. La giterne et la citole ne sont pas des « guitares ratées » ou incomplètes, mais des instruments aboutis, parfaitement adaptés à l’esthétique de leur temps.
Aujourd’hui, de nombreux luthiers passionnés recréent ces instruments d’après les iconographies. Les entendre joués par des ensembles de musique ancienne est une expérience révélatrice. On y découvre une vivacité et une énergie rythmique insoupçonnée, bien loin de l’image austère que l’on se fait parfois du Moyen Âge.
Regards sur une famille instrumentale complexe
Pour clore cette exploration, il convient de retenir que le terme « guitare » est un anachronisme s’il est utilisé seul pour le Moyen Âge. La réponse la plus juste et la plus nuancée désigne la giterne comme l’équivalent fonctionnel et populaire, tandis que la guitarra latina en constitue l’ancêtre morphologique direct. La citole, quant à elle, demeure une cousine fascinante à la personnalité distincte.
Ces distinctions terminologiques, bien que techniques, nous permettent de mieux apprécier la richesse de la lutherie médiévale. Chaque nom cache une sonorité, une technique et une histoire particulière. Je vous invite à écouter ces instruments revivre entre les mains des musiciens actuels, car c’est dans la vibration des cordes que réside la véritable réponse à notre question initiale.
FAQ
La réponse la plus fréquente est la giterne, un instrument populaire à dos plat. Cependant, on trouve aussi la citole et la guitare latine comme ancêtres directs, selon la forme et la région géographique concernée.
La giterne est un petit instrument à cordes pincées datant du XIIIe siècle. Souvent sculptée dans une seule pièce de bois, elle possède un dos plat et se joue au plectre, offrant une sonorité perçante adaptée à la danse.
La giterne se distingue par sa forme de poire et son dos plat, tandis que la citole présente une forme architecturale évoquant une feuille de houx. La citole offre généralement un son plus grave et sert souvent de bourdon.
Les musiciens médiévaux n’utilisaient pas la pulpe des doigts comme aujourd’hui, mais jouaient presque exclusivement avec un plectre rigide. Cette technique percussive permettait de produire un son puissant et clair, capable de couvrir le bruit ambiant des banquets.
La guitare latine, ou guitarra latina, est un instrument médiéval mentionné en Espagne. Avec sa caisse cintrée en forme de huit, elle est considérée comme l’ancêtre morphologique le plus fidèle de notre guitare classique moderne.






